ἄγνοια (ágnoia)

ignorance, présomption de savoir

Chez Platon, ἄγνοια n'est pas un simple manque d'informations mais un état déterminé de l'âme (ψυχή), tournée non vers ce qui est, mais vers ce qui n'est pas. Dans le cinquième livre de la République, Socrate dispose trois « puissances » de l'âme selon leurs objets : la connaissance (ἐπιστήμη) porte sur l'être (τὸ ὄν), l'opinion (δόξα) sur l'intermédiaire entre l'être et le non-être (μεταξὺ τοῦ ὄντος καὶ μὴ ὄντος), et ἄγνοια sur le non-être (τὸ μὴ ὄν) (Resp. V 477a). C'est pourquoi ἄγνοια n'est pas un simple vide mais un rapport faussé de l'âme à la réalité : on croit voir ce qui n'est pas, ou bien on ne voit pas ce qui est.

Platon attribue un poids particulier à la « double ἄγνοια » — l'ignorance de sa propre ignorance, lorsqu'on δοκεῖ εἰδέναι ἃ μὴ οἶδεν, croit savoir ce que l'on ne sait pas (Soph. 229c). Cette ἄγνοια est précisément la racine de la sophistique et de tout mal, car elle bloque la recherche même de la vérité (ἀλήθεια) et substitue à la parole vraie (ἀληθὴς λόγος) une opinion (δόξα) extérieurement plausible. Dans le cercle des notions liées au λόγος, elle se révèle l'opposé direct du savoir (ἐπιστήμη) : celui qui demeure dans ἄγνοια est incapable de « rendre raison » de ce qu'il croit (λόγον διδόναι), — et c'est pourquoi tout véritable philosopher, selon Socrate, commence par la reconnaissance de sa propre ignorance (Apol. 21d).

Senses

  1. ignorance, méconnaissance
    τρίτον μὴν ἄγνοιαν λέγων ἄν τις τῶν ἁμαρτημάτων αἰτίαν οὐκ ἂν ψεύδοιτο. — « On ne se tromperait pas en nommant l'ignorance la troisième cause des fautes. » — (Leg. IX 863c)
  2. présomption de savoir
    τὰ ἁμαρτήματα ἐν τῇ πράξει διὰ ταύτην τὴν ἄγνοιάν ἐστι, τὴν τοῦ μὴ εἰδότα οἴεσθαι εἰδέναι. — « Les fautes dans l'action viennent de cette ignorance : croire savoir ce qu'on ne sait pas. » — (Alc. I 117d)

Key dialogues