vérité, véracité
L’un des concepts clés de l’ontologie et de l’épistémologie platoniciennes: ἀλήθεια désigne à la fois l’accord de la parole avec ce qui est — un λόγος vrai ou faux (Crat. 385b) — et la non-occultation même de l’être véritable (étymologiquement ἀ-λήθεια), ce qui est «véritablement» (ὄντως ὄν). La vérité authentique ne se dévoile que dans la montée vers l’intelligible (Resp. VII 515c); l’âme du philosophe, apparentée à l’être, «touche à la vérité» (Resp. VI 490a), bien que le corps et les passions sensibles en entravent l’atteinte (Phaed. 65a).
L’opposé direct de la vérité est le mensonge (ψεῦδος): Platon distingue le mensonge en paroles du «véritable mensonge» (ἀληθῶς ψεῦδος) — l’erreur de l’âme elle-même sur ce qui est (Resp. II 382a). Dans la connaissance, la vérité est le contenu du savoir (ἐπιστήμη) tourné vers l’être, tandis que l’opinion (δόξα), qui porte sur l’intermédiaire entre l’être et le non-être, peut être vraie ou fausse.
Au niveau de l’être, la vérité est inséparable de l’étant (τὸ ὄν): «est» véritablement seul ce qui «demeure toujours identique à soi-même» (Phaed. 78d), et à cet étant véritable (ἀληθῶς ὄν) s’opposent les apparences et les simulacres (φάντασμα, εἴδωλον), produits par l’art de tromper (Soph. 240a).
La source de la vérité est le bien (ἀγαθόν): il «confère la vérité aux choses connues et la puissance à celui qui connaît» (Resp. VI 508e), et dans le Philèbe la vérité entre dans la triade μέτρον — συμμετρία — ἀλήθεια (mesure, proportion, vérité), par laquelle le bien se manifeste dans la vie mixte (Phil. 64e).