pensée, intention, sens
Διάνοια, chez Platon, est la pensée discursive de l’âme (ψυχή), qui occupe la place entre l’opinion (δόξα) et le savoir au sens propre (ἐπιστήμη). Dans la République, elle est placée sur le troisième segment de la « ligne divisée » : l’âme y étudie non les Idées en elles-mêmes, mais des objets mathématiques, partant d’hypothèses (ὑποθέσεις) prises pour claires sans qu’on en rende compte, et se mouvant à partir d’elles « vers une conclusion », en se servant d’images sensibles comme d’appuis (Resp. VI 510b–511a). Une telle connaissance est « plus claire que l’opinion mais plus obscure que le savoir » (Resp. VII 533d) : l’âme s’est déjà détournée du devenir, sans encore atteindre le principe non hypothétique vers lequel mène la dialectique (διαλεκτική).
La διάνοια est elle-même une forme de parole intérieure : dans le Théétète et le Sophiste, Platon la définit comme « l’entretien que l’âme a avec elle-même » sans voix, sous forme de questions et de réponses (Tht. 189e–190a ; Soph. 263e). Διάνοια est ainsi le mouvement du λόγος à l’intérieur de la ψυχή, et son achèvement est l’opinion (δόξα) — l’affirmation ou la négation de cette conversation silencieuse. À l’égard du νοῦς, la διάνοια demeure préparatoire : il revient à la dialectique de lever ses hypothèses et de convertir le mouvement discursif en intellection immédiate (νόησις), laquelle seule donne un compte complet de l’étant (τὸ ὄν) et participe à la vérité (ἀλήθεια).