parole, raisonnement, raison
λόγος est l'un des mots les plus larges de la philosophie grecque : parole, raisonnement, compte rendu, définition, rapport — ce par quoi la pensée acquiert sa forme articulée. Platon retient toutes ces nuances et les rassemble dans une seule opération : l'articulation de ce qui est dans la parole. Déjà dans le Cratyle λόγος est défini comme ce qui est vrai ou faux (Crat. 385b) ; dans le Sophiste il se déploie comme l'entrelacement du nom et du verbe (ὄνομα et ῥῆμα), portant nécessairement sur quelque chose et nécessairement vrai ou faux (Soph. 261e–263b). Dans la République, λόγος est lié à l'essence même de la chose : est dialecticien celui « qui saisit le λόγος de l'essence (οὐσία) de chaque chose » (Resp. VII 534b).
λόγος est le seuil qui sépare l'opinion (δόξα) de la connaissance (ἐπιστήμη). Dans le Ménon, l'opinion vraie ne devient connaissance qu'une fois liée par un « raisonnement sur la cause » (αἰτίας λογισμός), qui seul la convertit en connaissance (Men. 97e–98a). Dans le Phédon, Socrate décrit sa « seconde navigation » : chercher la vérité non dans le sensible mais dans les raisonnements eux-mêmes (διὰ τῶν λόγων), en posant chaque fois le λόγος « le plus fort » et en s'en tenant à ce qui s'accorde avec lui (Phd. 99e–100a). Le Théétète éprouve la définition de la connaissance comme « opinion vraie accompagnée d'une explication » (μετὰ λόγου) : passant en revue trois sens de λόγος — énonciation vocale de la pensée (Tht. 206d), énumération des éléments (Tht. 207a), désignation du trait distinctif (Tht. 208c) —, le dialogue les rejette tour à tour (Tht. 201c–210a). Ainsi l'exigence même de « rendre raison » (διδόναι λόγον) apparaît chez Platon comme la forme de la connaissance, son accomplissement rigoureux étant réservé à la dialectique (διαλεκτική).
Dans le monde platonicien, λόγος est enraciné dans l'âme (ψυχή) : la pensée (διάνοια) est « le discours silencieux que l'âme tient avec elle-même », et l'opinion (δόξα) en est l'achèvement, affirmation ou négation (Soph. 263e–264b ; Tht. 189e–190a). Platon distingue le λόγος véritablement « vivant » de la lettre morte : c'est le λόγος « écrit avec science dans l'âme de celui qui apprend » (μανθάνων), capable de se défendre lui-même et sachant devant qui parler et devant qui se taire (Phaedr. 276a). Les liens d'appui de logos sont la vérité (ἀλήθεια), la connaissance (ἐπιστήμη), l'opinion (δόξα), la pensée (διάνοια), la dialectique (διαλεκτική), l'intellect (νοῦς), l'âme (ψυχή), le nom (ὄνομα), le verbe (ῥῆμα) ; ses contraires sont la fausseté (ψεῦδος) et l'« irrationnel » (ἄλογον) — ce à quoi λόγος ne peut être donné.