l'intermédiaire
L'intermédiaire (τὸ μεταξύ) est ce qui se tient entre deux pôles sans coïncider avec aucun. Dans la République, c'est une région propre de l'être : entre ce qui est purement (τὸ ὂν εἰλικρινῶς) et ce qui n'est nullement (τὸ μὴ ὄν), Platon place ce qui « à la fois est et n'est pas », et c'est sur cela que porte l'opinion (δόξα), tandis que le savoir (ἐπιστήμη) vise l'être et l'ignorance (ἄγνοια) le non-être (Resp. V 477a, 478d). Les multiples belles choses, à la différence du beau lui-même, « roulent quelque part » entre l'être et le non-être (Resp. V 479d) ; et à chaque puissance est assigné son objet — « les extrêmes aux extrêmes, l'intermédiaire à l'intermédiaire » (Resp. V 478e).
Dans le Banquet, τὸ μεταξύ est le mode d'être du médiateur : l'opinion droite (ὀρθὴ δόξα) est quelque chose entre « la sagesse et l'ignorance » (μεταξὺ σοφίας καὶ ἀμαθίας), car elle atteint le vrai sans pouvoir « en rendre raison » (Symp. 202a) ; et tout ce qui est démonique (τὸ δαιμόνιον), Éros avant tout, est « intermédiaire entre dieu et mortel » (μεταξὺ θεοῦ καὶ θνητοῦ) et lie les deux (Symp. 202e). L'intermédiaire n'est ni un contraire ni un pôle sur une échelle, mais une position autonome entre les pôles : la δόξα est intermédiaire entre l'ἐπιστήμη et l'ἄγνοια, non opposée au savoir (Resp. V 477a). En cela τὸ μεταξύ diffère du couple « vérité/fausseté » : il ne nie pas l'un des pôles mais garde une participation (μέθεξις) aux deux.
Dans le Phédon, entre deux contraires quelconques se trouvent deux processus de devenir (γενέσεις), et sur cet « entre-deux » repose la preuve de l'immortalité par le passage réciproque des contraires (Phd. 71a). Dans le Philèbe, entre l'illimité (ἄπειρον) et l'un (ἕν) se placent les nombres déterminés qu'il faut saisir (Phlb. 16e), tandis que dans le Gorgias τὰ μεταξύ sont les choses « ni bonnes ni mauvaises », un milieu entre le bien et le mal (Grg. 467e).