mensonge
Chez Platon, ψεῦδος n'est pas une simple fausseté verbale mais une catégorie chargée d'ontologie : parler ou croire faussement, c'est faire passer « ce qui n'est pas » pour « ce qui est », ou inversement (Soph. 240e–241a). Dans la République, Socrate distingue deux sortes de mensonge : le « mensonge dans ce qu'il y a de plus important et au sujet de ce qu'il y a de plus important » — l'erreur de l'âme (ψυχή) concernant l'être (τὸ ὄν), qu'il appelle « véritable mensonge » (ἀληθῶς ψεῦδος), — et le « mensonge en paroles » (ἐν τοῖς λόγοις), imitation verbale du premier, parfois admissible comme un remède (φάρμακον) (Resp. II 382a–c). Ainsi ψεῦδος est d'abord un rapport déformé de l'âme à l'être, et n'est qu'ensuite un acte de parole.
Dans le cercle des notions liées au λόγος, ψεῦδος est l'opposé direct de la vérité (ἀλήθεια) : là où la parole vraie dit de l'être ce qu'il est, la parole fausse fait passer le non-étant pour étant. Cela n'est possible que parce que les formes (εἴδη) s'entrelacent et permettent l'énonciation de « l'autre à propos de l'autre » : la parole fausse (ψευδὴς λόγος) attribue à son objet ce qui ne lui appartient pas (Soph. 263b). Dans l'âme, le même λόγος se présente comme opinion fausse (ψευδὴς δόξα) — un discours intérieur dont l'affirmation ou la négation ne correspond pas à ce qui est. Le versant éthique achève le tableau : le philosophe authentique « hait par tous les moyens ψεῦδος et aime ἀλήθεια », car la tension vers la vérité constitue l'ordre même de son âme (Resp. VI 485c).