τὸ νοητόν — «le pensable» (de νοέω): la région de l'être qui s'ouvre à l'intellect, et non aux sens. Sur la «Ligne divisée» elle forme la moitié supérieure aux côtés du visible (τὸ ὁρατόν) et se divise elle-même en deux: les objets mathématiques, vers lesquels se tourne l'entendement discursif (διάνοια), et les Formes mêmes, vers lesquelles se tourne la νόησις; au sommet, l'Idée du Bien comme «principe sans hypothèse» (ἀνυπόθετον), cause à la fois de la vérité et de l'intellect même (Resp. VI 509d–511e). En Resp. VII 517b toute la montée du prisonnier hors de la caverne est lue comme le passage de l'âme (ψυχή) dans le «lieu intelligible» (νοητὸς τόπος), où l'Idée du Bien est «cause de tout ce qui est droit et beau».
τὸ νοητόν est l'objet propre de l'intellect (νοῦς): il est saisi par la pensée, non par la sensation (αἴσθησις), et est donc immuable, tandis que le sensible est toujours en devenir (Phaed. 79a). Dans le «Timée» c'est précisément τὸ νοητὸν ζῷον qui sert de paradigme d'après lequel le Démiurge dispose le cosmos visible, et la distinction tranchée entre l'intelligible et le sensible (αἰσθητόν) est posée d'emblée et dans la doctrine du troisième genre, l'espace (Tim. 27d–28a; 51c–52a). Ainsi le chemin de l'âme vers la vérité (ἀλήθεια) est une montée dans τὸ νοητόν: là habite la connaissance (ἐπιστήμη), tandis que sur le sensible règne l'opinion (δόξα), et là aussi s'enracine la parole de l'âme (λόγος ψυχῆς), car seul l'intelligible admet un discours stable.